Entre matières et espaces

Alain Rebord aime marcher en quête de paysages nouveaux ou d’espaces qu’il se plaît à redécouvrir encore et toujours sous d’autres lumières, dans des ambiances changeantes, à des moments de vie différents. « Je partage mon travail entre l’inspiration locale et d’autres lieux, en particulier l’Argentine où vit ma fille. » Lorsqu’il séjourne en Suisse, le peintre côtoie quotidiennement le Léman, car son atelier est situé à deux pas de l’eau, sur la plage de Préverenges.

Fasciné par la dualité des matières et de l’espace, Alain Rebord opère des rapprochements entre une certaine réalité géographique inspirée des lieux qu’il contemple, traverse, arpente et les paysages mentaux qu’il s’est forgés au fil du temps, de ses lectures, au gré de ses contemplations. Ainsi, son oeuvre nous permet de faire tomber les frontières, de parcourir des mondes différents, de nous perdre dans des lumières, des ambiances, des couleurs et des textures aux multiples résonances. Le peintre nous invite à mettre nos pas dans les siens, à contempler les ruines de Pompéi, à vibrer au rythme des textes limpides de Mishima évoquant le Japon à mesurer du regard les étendues argentines proches de la frontière bolivienne, à nous perdre dans la forêt vierge, à embrasser les paysages lémaniques, à nous enfiler dans les passages s’ouvrant à nous. « J’aime les portes, les passages, les ouvertures, présentés en dualité avec une matière que l’on foule au pied, qui colle aux semelles. Ce qui se passe entre ces deux univers est particulièrement intéressant.

Chez Alain Rebord, tout est voyage, découverte, moment d’histoire, témoignage ; et le peintre d’évoquer pour nous le tableau qu’il a réalisé au moment où la tempête Joachim faisait rage, où les vagues ont drossé un bateau sur la grève proche de son atelier, où les branches volaient dans tous les sens… Et de s’arrêter sur un morceau de désert du Maghreb dont il a immortalisé l’erg par un mélange de sables, quartz et terres ramenés du bled. « je mélange mes matériaux, sables, terres, bois, avec des colles et des pigments qui vont habiter partiellement mes tableaux et entrer en relation avec l’acrylique. Très souvent, comme point de départ, je prends des photos, mais ce sont uniquement des références. Après, je démarre avec un détail ou un élément, une matière, une forme, une couleur liés à un souvenir, à la perception d’un espace, à la qualité d’un moment, et j’avance ! »

Armande Reymond