Julia

Je connais une petite terrasse où il fait bon boire un verre de vin entre un jardin de poète et un mur chaulé. On y trouve un figuier surgit d’un bassin de pierre dont les fruits, il n’y a pas si longtemps, composaient la base des glaces maison du restaurant.
Elle me souvient les murs de la cité ou vécu Julia Félix. Elle y possédait une vaste demeure qui, comme tant d’autres avait subit de sérieux dégâts lors du séisme de 62. Cette année-là, elle avait eu le privilège d’y accueillir le proconsul qui n’avait pas été insensible à son charme .Comme beaucoup d’autres, elle symbolisait ces femmes que leur large patrimoine avait rendues autonomes et respectées. Sereinement, elle avait décidé de faire face à l’adversité et réparer sa demeure.
Elle convoqua de nombreux artisans à qui elle confia le soin de redonner à sa maison le lustre quelle méritait. Parmi eux de nombreux peintres, dont j’aurai pu faire partie furent chargés, entre autres, de décorer le triclinium d’été qui devait devenir une particularité chère à ses ambitions.
Avec ses aides, chargés de préparer l’enduit à la chaux qui devait recevoir le motif, le peintre se mit au travail. Il avait exigé que le mortier recouvre une surface d’environ un mètre carré correspondant à l’espace qu’il s’était donné comme tâche à effectuer pour la journée.
Alors qu’au fl des heures la couleur disparaissait dans l’enduit frais ,les jeunes assistants continuaient à broyer les pigments à l’aide de mortiers jusqu’ à obtenir un couleur aussi parfaite que celle que le peintre exigeait.
Au matin, alors que le soleil campanien était déjà haut, l’enduit de chaux ayant séché, on vit apparaître le résultat du travail de l’artiste. On put y voir une nature morte suggérant le menu que Julia proposerait à ses hôtes. Un plat de gros oeufs, des grives, une amphore de vieux Falerne et une ravissante serviette à franges. Le peintre décida aussitôt de composer la suite sur le mur qui lui faisait face. On y vit bientôt une coupe de fruit contenant , pommes, poires, abricots et une grappe de raisins violacés et bien sûr une amphore pour le plaisir .
Il ne restait qu’à meubler somptueusement les lieux de lits de marbres destinés aux convives.
Julia pouvait être satisfaite et oublier ses mauvais souvenirs.
Hélas, le destin en décida autrement! Quelques années plus tard, tout avait disparu! Pline le Jeune, qui venait de perdre son père dans la tragédie, eut le douloureux privilège d’écrire une page d’histoire que personne ne devait oublier.
Après avoir encore une fois caressé son mur, j’ai quitté la jolie terrasse avant de rejoindre le vieux bourg et mon cher atelier

Saint-Prex au printemps.